Aide-soignante à l'étranger : 3 témoignages au Luxembourg, en Suisse et en Belgique

deux aides soignantes discutent autour d'un bureau

Salaires plus élevés, équipes plus nombreuses, métier davantage reconnu : chaque année, des aides-soignantes et aides-soignants français choisissent d'aller exercer de l'autre côté de la frontière. Mais concrètement, qu'est-ce qui change au quotidien ? Pour le savoir, nous avons donné la parole à trois soignantes qui travaillent aujourd'hui au Luxembourg, en Suisse et en Belgique. Trois parcours, trois pays, et beaucoup de points communs. Chez Tous Autonomes, on croit que les conditions de travail des soignants font partie de la qualité de l'accompagnement. Leurs mots méritent d'être entendus.

Pourquoi tant de soignants regardent-ils ailleurs ?

Le manque de personnel, la charge de travail et le sentiment de ne pas être reconnu reviennent souvent quand les aides-soignants parlent de leur métier en France. Passer la frontière n'est pas une solution miracle, et les trois témoignages ci-dessous le disent clairement. Mais ils montrent aussi qu'une autre organisation du soin est possible, et que ce que vivent les soignants a un impact direct sur les personnes qu'ils accompagnent.

Catherine, aide-soignante au Luxembourg depuis 2011

Catherine a 45 ans. Diplômée en 2005, elle a d'abord travaillé en France, à l'hôpital puis en soins à domicile, avant de passer quatre ans de nuit en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Elle décrit une situation qu'elle qualifie de « catastrophique » : « Nous étions 2 pour 64 personnes âgées, dépendantes pour la plupart… plus le linge de l'établissement. » Avec un salaire d'environ 1 450 € par mois pour une charge de travail qu'elle juge colossale, elle décide de faire reconnaître son diplôme et de partir travailler au Grand-Duché.

Ce qui a changé pour elle :

  • Des équipes calculées selon les besoins réels. « Il y a plus de matériel et un calcul réel des besoins de prise en charge, qui permet d'ajuster au plus près le nombre de soignants aux besoins des résidents. »
  • Des postes de 8 heures, et des moyens techniques qu'elle juge « incomparables », en maison de retraite comme à l'hôpital.
  • Des missions plus larges. Dans les établissements où elle a travaillé, les aides-soignantes peuvent, sous la surveillance d'un infirmier présent dans le service, distribuer les médicaments, réaliser les glycémies capillaires, mesurer les paramètres vitaux ou faire des injections sous-cutanées.
  • Une meilleure rémunération. En 2011, elle démarre à temps plein (40 heures par semaine, deux week-ends par mois) à environ 2 400 € net, impôts déjà prélevés. Aujourd'hui, à mi-temps et avec son ancienneté, elle touche environ 2 800 € par mois.

Elle cite aussi des avantages familiaux plus favorables, notamment des allocations familiales plus élevées et un congé parental qu'on peut prendre à temps plein ou à mi-temps. Et un souvenir marquant de la crise sanitaire : « Les masques chirurgicaux étaient disponibles immédiatement, et les FFP2 sont arrivés moins de deux semaines plus tard. »

Les contreparties : des trajets plus longs à cause des bouchons, même en horaires décalés, et un niveau d'exigence plus élevé. Côté langue, Catherine a appris le luxembourgeois jusqu'au niveau C1, « par respect et pour bien comprendre les personnes que je prends en soin ». Ce n'est plus obligatoire aujourd'hui : le pays manque lui aussi de soignants, et une bonne maîtrise du français ou de l'allemand suffit pour obtenir l'autorisation d'exercer.

Son message : « Viens, tente ta chance. Oui, ils sont plus exigeants, mais les salaires sont beaucoup plus intéressants et les conditions de travail bien meilleures. »

Loli, aide-soignante en Suisse depuis 2014

Loli est frontalière et travaille dans la région de Genève, notamment en soins à domicile. Au départ, c'est l'écart de salaire qui l'a attirée. Avec le temps, elle a découvert autre chose : « Ce n'était pas uniquement une question de salaire. J'ai aussi trouvé en Suisse une autre reconnaissance de mon travail et davantage de possibilités d'évoluer. » C'est d'ailleurs ce qui la pousse aujourd'hui à poursuivre sa formation dans le domaine des soins.

Ce qui a changé pour elle :

  • Un rôle mieux reconnu. Elle a le sentiment que le métier et les responsabilités de chacun sont davantage valorisés.
  • Une vraie culture de la qualité, avec une grande attention portée à la traçabilité des soins et au travail en équipe.
  • Une relation au patient plus épanouissante, surtout à domicile : « La Suisse, c'est un autre monde pour les soins. On s'épanouit dans tout, autant dans les soins que dans les rapports avec les patients. »

Les contreparties : le rythme reste soutenu. « Ce n'est pas forcément plus facile qu'en France », précise-t-elle, notamment à domicile, où les journées sont très organisées et où il faut s'adapter à chaque situation. Être frontalière demande aussi de l'organisation : les embouteillages pour entrer et sortir de Genève, et toute une partie administrative (assurance maladie, fiscalité suisse et française, permis de travail). « Au début, cela peut paraître compliqué. Mais une fois que l'on connaît les démarches, cela fait simplement partie du quotidien. » Et ce qui lui manque de la France ? « Sincèrement, rien, à part la simplicité de l'administratif. »

Son message : « Tentez l'expérience, mais ne partez pas en pensant uniquement au salaire. Il faut s'adapter à un autre système, à une autre organisation et parfois à d'autres exigences. Les débuts peuvent être déstabilisants, avec le vocabulaire et certaines pratiques, mais on apprend énormément. »

Une jeune diplômée à l'hôpital en Belgique

Notre troisième témoin a souhaité rester anonyme. Diplômée en juillet 2025, elle travaille depuis septembre 2025 comme aide-soignante dans un service hospitalier de chirurgie cardiovasculaire et thoracique. Elle est à temps plein, sur une base de 38 heures par semaine lissées, avec parfois des semaines de six jours et parfois des semaines de quatre jours.

Ce qu'elle observe :

  • Des journées de 12 heures, une organisation différente de ce qu'on connaît souvent en France.
  • Un salaire plus élevé, même si les revenus sont plus taxés. La majorité des établissements s'appuient sur le barème IFIC, la grille de classification des fonctions du secteur des soins en Belgique.
  • Des formations dès le début de carrière, qui lui « servent énormément ».
  • Un vrai suivi par l'infirmier en chef, qui réalise des évaluations et « écoute ce que j'ai à dire ».
  • Un binôme infirmier–aide-soignante au cœur de l'organisation : « Le travail d'équipe est primordial, surtout dans cette unité. »

Son message : « Qui n'essaie rien n'a rien. »

Ce qui revient dans les trois témoignages

Trois pays, trois parcours, mais des constats qui se répondent :

  • La reconnaissance compte autant que le salaire. Évaluations, formation continue, missions élargies, possibilité d'évoluer : les trois soignantes se sentent considérées comme des professionnelles à part entière.
  • Des effectifs pensés en fonction des besoins des personnes accompagnées, et du matériel disponible.
  • Le travail en équipe, notamment avec les infirmiers, est présenté comme un pilier.
  • Rien n'est plus facile pour autant. Exigences plus élevées, rythme soutenu, trajets longs, démarches administratives : partir demande de l'énergie et de l'adaptation.

Et surtout, un point commun qui nous touche particulièrement : quand les soignants ont du temps et des moyens, ce sont d'abord les personnes accompagnées qui en bénéficient.

Avant de se lancer : les grandes étapes

Chaque pays a ses propres règles. Voici les grandes lignes, à vérifier auprès des organismes officiels avant toute démarche, car les procédures peuvent évoluer :

  • Au Luxembourg : le diplôme doit d'abord être reconnu par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, puis il faut obtenir une autorisation d'exercer auprès du ministère de la Santé et de la Sécurité sociale. Un niveau B2 en français ou en allemand est demandé.
  • En Suisse : la reconnaissance des diplômes étrangers dans le domaine des soins passe par la Croix-Rouge suisse. Les travailleurs frontaliers ont besoin d'un permis de travail (permis G), et la fiscalité dépend du canton de travail.
  • En Belgique : il faut obtenir la reconnaissance professionnelle de son diplôme auprès de sa Communauté (côté francophone, via la Fédération Wallonie-Bruxelles), puis un visa délivré par le Service public fédéral Santé publique pour pouvoir exercer.

Pour les questions de fiscalité, de protection sociale ou de retraite, les structures d'information dédiées aux frontaliers peuvent vous aider à y voir plus clair selon votre situation personnelle.

Et ici, en France ?

Ces témoignages ne disent pas qu'il faut partir. Ils disent qu'une autre façon de travailler est possible, et que les soignants la méritent partout. Que vous restiez en France ou que vous tentiez l'aventure, votre métier est essentiel, et il a le droit d'être exercé dans de bonnes conditions.

Merci à Catherine, à Loli et à notre témoin belge d'avoir pris le temps de partager leur expérience avec autant de sincérité.

Sources : témoignages recueillis par Tous Autonomes (septembre 2026) ; Guichet.lu, professions de santé réglementées ; Frontaliers Grand Est, travailler dans la santé au Luxembourg ; Croix-Rouge suisse, reconnaissance des diplômes étrangers ; SPF Santé publique, aide-soignant.

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