Autisme et empathie : non, les personnes autistes ne manquent pas de sentiments

Enfant et puzzle autisme

« Les personnes autistes n'ont pas d'émotions. » « Elles ne ressentent rien pour les autres. » Vous avez peut-être déjà entendu ces phrases. Elles sont fausses. Et elles font du mal.

Au début du mois de septembre, Handicap.fr a clos sa série de fact-checking vidéo sur l'autisme avec deux experts : Chams-Ddine Belkhayat, directeur de l'association AFG Autisme, et Marie-Maude Geoffray, psychiatre de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital du Vinatier à Lyon. Leur verdict est sans appel. Dans cet article, nous vous expliquons simplement pourquoi ce préjugé existe, ce que dit la recherche, et comment mieux se comprendre au quotidien.

D'où vient ce préjugé ?

Le préjugé vient souvent d'une confusion. On pense que si une personne ne montre pas ses émotions « comme tout le monde », c'est qu'elle ne les ressent pas.

Pour les deux experts interrogés par Handicap.fr, c'est justement ce mélange entre l'absence de la réaction attendue et l'absence de sentiments qui entretient le cliché.

Prenons un exemple. Une amie vous annonce une mauvaise nouvelle. Une personne autiste peut :

  • ne pas vous regarder dans les yeux ;
  • rester silencieuse ;
  • vous donner une solution pratique au lieu d'un câlin ;
  • changer de sujet parce que l'émotion est trop forte pour elle.

Vu de l'extérieur, cela peut sembler froid. Mais à l'intérieur, la personne peut ressentir beaucoup de choses.

Ressentir et exprimer : deux choses différentes

La psychiatre Marie-Maude Geoffray le rappelle : dans l'autisme, il existe des difficultés pour exprimer les émotions de la même façon que les autres. Or, l'expression d'une émotion ne se limite pas aux codes sociaux habituels. Un regard, une phrase ou une réaction qui paraissent décalés ne signifient donc pas forcément un manque de compassion.

Autrement dit : ressentir une émotion et la montrer sont deux étapes différentes. Une personne autiste peut ressentir très fort, sans que cela se voie sur son visage.

Certaines personnes autistes montrent leur attention par des actes plutôt que par des mots. Elles vont par exemple vous apporter un verre d'eau, réparer quelque chose pour vous ou rester à côté de vous sans parler. C'est aussi de l'empathie.

L'empathie, c'est quoi exactement ?

Le mot « empathie » regroupe en réalité deux choses.

L'empathie cognitive : c'est comprendre ce que l'autre pense ou ressent. Par exemple, deviner qu'une personne est triste en regardant son visage.

L'empathie émotionnelle (ou affective) : c'est ressentir soi-même quelque chose face à l'émotion de l'autre. Par exemple, avoir le cœur serré quand quelqu'un pleure.

Chez certaines personnes autistes, la première peut être plus difficile. Décoder un visage, un ton de voix ou un sous-entendu demande beaucoup d'efforts. Mais la deuxième est souvent bien présente, et parfois même très intense.

Beaucoup de personnes autistes montrent une forte empathie émotionnelle. Elles peuvent être très bouleversées quand elles voient quelqu'un souffrir, parfois au point d'être trop submergées pour aider, ce qui est alors pris à tort pour un manque d'empathie.

Trop d'émotions d'un coup

Ce point est important. Parfois, une personne autiste ne réagit pas parce qu'elle ressent trop, et non pas trop peu.

La scientifique autiste Temple Grandin l'a décrit : ressentir « trop » d'empathie affective peut devenir une difficulté pour la personne autiste, qui se sent alors envahie par un flot de sensations, jusqu'à une impression de chaos.

L'environnement joue aussi un rôle. Une personne autiste peut être tellement débordée par un lieu bruyant et agité qu'elle a du mal à lire les émotions des autres ou à y répondre. Dans ce cas, ce n'est pas le cœur qui manque. C'est l'énergie qui est déjà utilisée pour supporter le bruit, la lumière ou la foule.

Quand on a du mal à nommer ce qu'on ressent

Certaines personnes, autistes ou non, ont du mal à identifier et à nommer leurs propres émotions. On appelle cela l'alexithymie. Plusieurs études suggèrent qu'elle est plus fréquente chez les personnes autistes que dans le reste de la population.

Cela ne veut pas dire que les émotions sont absentes. Cela veut dire qu'il est difficile de mettre des mots dessus. La personne peut sentir « quelque chose » dans son corps (un ventre noué, une grande fatigue, une envie de s'isoler) sans savoir dire « je suis triste » ou « je suis en colère ».

C'est là que des outils visuels peuvent vraiment aider, nous y reviendrons plus bas.

Il n'existe pas « un » autisme

La psychiatre insiste : il existe tellement d'autismes différents qu'affirmer que les personnes autistes n'ont pas d'empathie revient à dire qu'elles ont toutes les mêmes mouvements de mains. C'est faux.

Chaque personne autiste est unique. Certaines sont très démonstratives. D'autres sont plus discrètes. Certaines sont extrêmement sensibles aux injustices. D'autres expriment leur affection à travers leurs centres d'intérêt, en partageant avec vous ce qu'elles aiment.

Mettre tout le monde dans la même case empêche de voir la personne réelle.

Et si la difficulté allait dans les deux sens ?

Les chercheurs parlent aujourd'hui de « double empathie ». Cette idée a été proposée par le chercheur autiste Damian Milton.

Le principe est simple : les personnes autistes ont parfois du mal à comprendre les personnes non autistes. Mais l'inverse est aussi vrai ! Les personnes non autistes comprennent souvent mal les personnes autistes.

Le problème n'est donc pas « chez » la personne autiste. Il se situe entre deux façons différentes de communiquer. Des études ont même montré que des personnes autistes se comprennent souvent très bien entre elles.

Cette idée change tout. Au lieu de demander à la personne autiste de « faire des efforts », on peut aussi se demander : et moi, comment puis-je mieux la comprendre ?

Pourquoi ce préjugé fait du mal

Croire qu'une personne n'a pas de sentiments a des conséquences concrètes :

  • on la blesse sans s'en rendre compte, en pensant qu'elle « ne sent rien » ;
  • on l'exclut des moments importants (deuils, fêtes, décisions familiales) ;
  • elle se sent incomprise et peut finir par cacher ce qu'elle ressent ;
  • on passe à côté de sa générosité et de sa loyauté.

Beaucoup d'adultes autistes racontent avoir entendu toute leur vie qu'ils étaient « froids » ou « sans cœur ». Ces mots laissent des traces.

Comment mieux se comprendre au quotidien

Voici quelques pistes simples, que vous soyez parent, proche, aidant ou professionnel.

Demandez plutôt que de deviner. « Comment tu te sens ? » ou « Qu'est-ce qui t'aiderait maintenant ? » valent mieux qu'une interprétation.

Acceptez d'autres façons de montrer son attention. Un geste pratique, une présence silencieuse, un objet partagé : ce sont aussi des preuves d'affection.

Laissez du temps. Certaines personnes ont besoin de temps pour comprendre ce qu'elles ressentent avant de pouvoir en parler.

Réduisez la pression sensorielle. Un endroit calme aide souvent à mieux échanger sur les émotions.

Utilisez des supports visuels. Des images, des pictogrammes ou des échelles d'émotions permettent de montrer ce qu'on ressent sans avoir à trouver les mots. C'est utile pour les enfants comme pour les adultes.

Ne forcez pas. Il vaut mieux ne pas obliger une personne autiste à exprimer ses émotions, car elles risquent alors de devenir envahissantes et de lui faire perdre pied.

Des outils pour mettre des mots sur les émotions

Chez Tous Autonomes, nous créons des outils visuels pour aider chacun à reconnaître et exprimer ses émotions, à son rythme.

Nos planches des émotions s'adressent à toute personne qui a du mal à identifier ou communiquer ce qu'elle ressent : enfants, adolescents, adultes, personnes âgées. Leur échelle d'intensité aide à dire non seulement quelle émotion on ressent, mais aussi à quel point. Elles peuvent servir à la maison, à l'école ou en structure, pour ouvrir le dialogue en douceur.

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À retenir

  • Les personnes autistes ressentent des émotions et peuvent faire preuve d'empathie.
  • Elles peuvent les exprimer différemment, ou avoir du mal à les nommer.
  • Parfois, elles ressentent même trop, et se retrouvent submergées.
  • La difficulté de compréhension va dans les deux sens : c'est la double empathie.
  • Demander, patienter et utiliser des supports visuels aide tout le monde à mieux se comprendre.

Source principale : fact-checking vidéo « Autisme et empathie » de Handicap.fr, publié le 1er septembre 2026.

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