Il y a des phrases qu'on prononce sans y penser, parfois même avec l'intention de rassurer ou de complimenter, et qui pourtant blessent. Face à une personne en fauteuil roulant, certaines remarques reviennent sans cesse : dans la rue, en famille, au travail. Elles partent rarement d'une mauvaise intention, mais elles réduisent une personne entière à son fauteuil, ou sous-entendent que sa vie serait forcément plus difficile, plus triste, moins digne d'envie.
Le fauteuil roulant n'est pas une punition : c'est un outil de liberté, qui permet de se déplacer, de travailler, de sortir, de vivre. Voici les phrases qui, malgré de bonnes intentions, mériteraient de disparaître et ce qu'on peut dire à la place.
1. « Tu es un exemple de courage. »
Se lever le matin, aller travailler, voir des amis : pour une personne en fauteuil roulant, ce ne sont pas des actes héroïques, ce sont des actes de vie ordinaire. Présenter chaque geste du quotidien comme un exploit sous-entend que vivre avec un handicap serait, par nature, une tragédie qu'il faudrait surmonter avec bravoure. Cette phrase, souvent dite en public, met surtout mal à l'aise la personne concernée, qui n'a rien demandé de plus qu'à vivre normalement.
On peut dire à la place : rien de particulier, ou simplement continuer la conversation comme avec n'importe qui d'autre.
2. « Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
Posée par un inconnu, dans la rue ou une salle d'attente, cette question traite le corps d'une personne comme un sujet de curiosité publique. Le handicap n'est pas toujours lié à un accident, et même quand c'est le cas, ce n'est pas une information due à qui que ce soit. Une personne en fauteuil roulant n'a pas à justifier sa situation pour avoir droit au respect.
On peut dire à la place : si la question a un intérêt réel dans la relation, la laisser venir d'elle-même, au moment choisi par la personne concernée.
3. « Il/elle est cloué(e) au fauteuil roulant. »
Cette expression, très répandue, présente le fauteuil comme une prison. Pour beaucoup de personnes concernées, c'est l'inverse : le fauteuil est ce qui leur permet justement de ne pas rester clouées chez elles, de se déplacer, de travailler, de voir leurs proches. Le vocabulaire qu'on utilise façonne la façon dont on perçoit le handicap, y compris pour la personne qui l'entend décrire ainsi.
On peut dire à la place : « une personne qui se déplace en fauteuil roulant », tout simplement.
4. « Tu peux quand même te lever un peu, non ? »
Beaucoup de handicaps moteurs ne sont pas visibles ou compris dans leur intégralité de l'extérieur. Certaines personnes en fauteuil roulant peuvent se tenir debout quelques instants, faire quelques pas, sans que cela remette en cause leur besoin du fauteuil au quotidien. Douter de la légitimité de ce besoin, ou le remettre en question publiquement, pousse la personne à se justifier pour un besoin qui ne devrait jamais avoir à l'être.
On peut dire à la place : « Dis-moi si tu as besoin d'aide pour quoi que ce soit », sans présumer de ce qui est possible ou non.
5. « Je ne sais pas comment tu fais, moi je ne pourrais pas vivre comme ça. »
Cette phrase, pensée comme un compliment, sous-entend en réalité qu'une vie en fauteuil roulant ne vaudrait pas la peine d'être vécue. Elle place la personne concernée dans la position de devoir rassurer son interlocuteur sur la valeur de sa propre existence, ce qui est une charge émotionnelle injuste et récurrente.
On peut dire à la place : rien, ou simplement s'intéresser à la personne pour ce qu'elle fait, pense ou aime, comme avec n'importe qui.
6. « Ne t'inquiète pas, on va te porter. »
Face à un lieu inaccessible, proposer de porter la personne plutôt que de questionner l'accessibilité du lieu déplace le problème : ce n'est pas à la personne handicapée de s'adapter à un environnement mal conçu, physiquement en plus. Cette solution, souvent proposée avec bienveillance, reste inconfortable et parfois humiliante pour la personne concernée.
On peut dire à la place : « Ce lieu n'est pas accessible, on cherche une alternative ensemble ? »
7. « Tu n'as pas l'air handicapé(e). »
Dite comme un compliment, cette phrase sous-entend qu'il existerait une apparence « normale » du handicap, et que s'en écarter serait positif. Elle invalide aussi les situations où le handicap fluctue, ou n'est pas visible en permanence. Une personne peut utiliser un fauteuil roulant certains jours seulement, ou pour certaines distances, sans que cela rende son besoin moins réel.
On peut dire à la place : ne rien dire sur l'apparence du handicap, et s'adresser à la personne comme à n'importe quel interlocuteur.
Comment soutenir une personne en fauteuil roulant, concrètement
Au-delà des mots, quelques réflexes changent vraiment le quotidien.
Demander avant d'aider, plutôt que d'agir à la place de la personne sans lui laisser le choix. Pousser un fauteuil sans y avoir été invité, par exemple, retire à la personne le contrôle de ses propres déplacements.
Se parler à hauteur des yeux plutôt que de rester debout, en particulier dans une conversation qui dure. Un détail simple, qui change beaucoup dans le confort de l'échange.
Se soucier de l'accessibilité en amont, quand on organise un événement, un repas ou une sortie, plutôt que de découvrir un obstacle sur place et de devoir improviser une solution.
Et surtout, ne jamais présumer des capacités ou des limites d'une personne à partir de son fauteuil : chaque situation est différente, et la meilleure information reste toujours celle que la personne concernée choisit de partager elle-même.
Ce qui change vraiment, ce sont les gestes derrière les mots
Changer une phrase ne suffit pas à rendre un trottoir accessible ou un commerce sans marche à l'entrée. Mais les mots qu'on choisit disent quelque chose du respect qu'on accorde, ou qu'on n'accorde pas, à l'autonomie de chacun. Voir une personne avant de voir un fauteuil, c'est déjà un premier pas vers un quotidien plus juste, pour elle comme pour tous ceux qui l'entourent.
Chez Tous Autonomes, nous concevons des outils pensés pour faciliter l'autonomie au quotidien : disque de transfert, drap de glisse, supports de préhension, pictogrammes FALC. Des solutions concrètes, pour que le fauteuil reste ce qu'il doit être : un outil de liberté, pas un sujet de commentaire.
Ensemble, on prend soin de chacun. 🌿