Quand on accompagne un proche au quotidien, un parent qui vieillit, un enfant en situation de handicap, un conjoint malade, on entend souvent des phrases censées réconforter... qui font en réalité l'effet inverse. Pas par méchanceté. La plupart du temps, l'entourage ne sait tout simplement pas quoi dire. Voici les phrases à éviter avec un aidant familial, et surtout, ce qu'on peut dire à la place pour vraiment l'aider.
En France, on estime que plusieurs millions de personnes sont aidants familiaux, souvent sans même se reconnaître sous ce mot. Un aidant familial, c'est une personne qui accompagne régulièrement, à titre non professionnel, un proche en perte d'autonomie, malade ou en situation de handicap : aide au quotidien, gestion des rendez-vous médicaux, soutien moral, coordination avec les professionnels... Ce rôle prend souvent une grande place dans une vie, sans être choisi au départ, et il reste encore trop peu reconnu par l'entourage.
« Tu as de la chance, moi je ne pourrais jamais faire ça »
Sous ses airs de compliment, cette phrase renvoie l'aidant à une solitude totale : si personne d'autre ne pourrait le faire, alors personne ne viendra l'aider non plus. Elle transforme un rôle souvent subi ou choisi par nécessité en une sorte d'exploit individuel, comme si demander du soutien n'était plus permis.
À dire plutôt : « Comment je peux t'aider cette semaine ? »
« Il faut voir le bon côté des choses »
Minimiser la difficulté ne l'efface pas, elle l'invisibilise. Un aidant familial peut ressentir de la fatigue, de la colère ou de la tristesse, en même temps que de l'amour pour la personne qu'il accompagne. Les deux existent en même temps, et ce n'est pas contradictoire.
À dire plutôt : « Tu as le droit d'être fatigué·e, même si tu l'aimes profondément. »
« Tu devrais penser un peu plus à toi »
Dite avec un ton de reproche, cette phrase culpabilise plutôt qu'elle n'aide. L'aidant sait déjà qu'il devrait se reposer davantage — le lui rappeler sans rien proposer de concret n'allège rien, ça ajoute simplement une couche de culpabilité.
À dire plutôt : « Je viens m'occuper de votre proche samedi matin, pour que vous puissiez souffler deux heures. »
« C'est normal, c'est ta famille »
Cette phrase sous-entend que l'amour familial doit suffire à porter n'importe quelle charge, sans jamais faiblir ni avoir besoin d'aide extérieure. Accompagner un proche est souvent un choix du cœur, mais ça reste une charge mentale et physique bien réelle, tout aussi légitime à reconnaître.
À dire plutôt : « Ce que tu fais est énorme, même si c'est ta famille. »
« Au moins il ou elle ne s'en rend pas compte »
Souvent dite à propos d'un proche atteint de troubles cognitifs, cette phrase se veut rassurante. Mais elle efface la souffrance de l'aidant, qui lui, se rend bien compte de tout : des changements, des pertes, d'un deuil qui commence parfois bien avant la fin.
À dire plutôt : « Ce que tu traverses est difficile, même si lui (ou elle) ne le perçoit pas de la même façon. »
« Tu n'as qu'à demander de l'aide »
Demander de l'aide est rarement aussi simple qu'il n'y paraît : peur de déranger, manque de solutions concrètes autour de soi, énergie qu'il faut déjà pour formuler la demande... Renvoyer la responsabilité à l'aidant, c'est aussi se dédouaner de proposer soi-même un coup de main.
À dire plutôt : proposer une aide précise et datée, plutôt qu'un vague « appelle-moi si besoin ».
« Je ne sais pas comment tu fais, moi je craquerais »
Souvent dite avec une admiration sincère, cette phrase peut pourtant isoler encore plus l'aidant : elle le place dans une catégorie à part, presque surhumaine, alors qu'il craque parfois lui aussi — juste loin des regards.
À dire plutôt : « Est-ce qu'il y a des moments où toi aussi tu craques ? Tu peux m'en parler. »
« Ça va aller, courage »
Formule passe-partout, elle ferme souvent la conversation plus qu'elle ne l'ouvre. Elle donne l'impression que l'échange est terminé, alors que l'aidant a peut-être justement besoin d'en dire plus.
À dire plutôt : « Comment tu vas, vraiment, en ce moment ? »
« Elle a de la chance de t'avoir »
Cette phrase, dite à propos de la personne accompagnée, part souvent d'une bonne intention. Mais si l'aidant vient d'exprimer une difficulté ou une limite, elle peut sonner comme un rappel à l'ordre déguisé : « tu devrais être reconnaissant·e, pas te plaindre ». Elle referme la porte au moment même où elle aurait dû s'ouvrir.
À dire plutôt : « Vous avez de la chance de vous avoir l'un l'autre, et toi aussi tu as le droit d'avoir des coups de fatigue. »
« Tu exagères un peu, non ? »
Remettre en doute le ressenti de l'aidant, même sans le vouloir, l'incite à se taire la prochaine fois. Ce qui semble « gérable » de l'extérieur, en quelques minutes de visite, peut représenter des heures de vigilance invisible chaque jour : lever, toilette, repas, rendez-vous, nuits interrompues.
À dire plutôt : « Je ne me rends peut-être pas bien compte de tout ce que ça demande. Raconte-moi une journée type. »
« Moi, à ta place, j'aurais fait autrement »
Que ce soit sur le choix d'un maintien à domicile, d'une entrée en établissement, ou simplement sur une manière de faire au quotidien, juger les décisions d'un aidant depuis l'extérieur ignore une réalité : c'est lui qui vit la situation, jour après jour, avec ses contraintes, son énergie et les besoins réels de son proche. Ce genre de remarque ajoute du doute là où l'aidant a déjà besoin de confiance.
À dire plutôt : « Ça n'a pas dû être facile de décider ça. Qu'est-ce qui t'a aidé·e à faire ce choix ? »
Ce qu'il faut retenir
Derrière chacune de ces phrases, il y a souvent une bonne intention maladroite. Le plus important n'est pas de culpabiliser celles et ceux qui les prononcent, mais de leur donner de meilleurs réflexes : écouter sans minimiser, proposer une aide concrète et datée, et surtout, ne jamais faire comme si le rôle d'aidant allait de soi. Et si vous êtes vous-même aidant familial, sachez que vos ressentis sont légitimes, même quand ils ne se disent pas facilement à voix haute.
Des outils pensés pour alléger le quotidien
Les mots justes ne suffisent pas toujours à alléger une journée. Chez Tous Autonomes, on conçoit aussi des outils visuels FALC (Facile À Lire et à Comprendre) pour faciliter la communication et le quotidien des aidants familiaux et des personnes qu'ils accompagnent, pour exprimer une douleur, expliquer un soin, ou simplement gagner un peu de sérénité dans les gestes de tous les jours. Quelques ressources qui peuvent vous accompagner :
- Échelle de douleur FALC — un outil visuel simple pour exprimer et évaluer la douleur, sans avoir besoin de mots (2,99 €)
- Pack de 45 pictogrammes FALC — Médical et soin — pour illustrer clairement les situations médicales et d'hygiène du quotidien (9,99 €)
- Pack de 45 pictogrammes FALC — Hygiène et toilette du quotidien — un support visuel pour accompagner les gestes d'hygiène sans stress ni incompréhension (9,99 €)
👉 Découvrez tous nos outils de communication visuelle dans la boutique.
Ensemble, on prend soin de chacun. 🌿