Les femmes en situation de handicap seraient jusqu'à deux fois plus exposées aux violences sexuelles que les femmes sans handicap. Pourtant, une minorité d'entre elles va jusqu'au dépôt de plainte. Entre elles et la justice, un parcours semé d'obstacles reste largement invisible aux yeux du grand public. En cette rentrée 2026, plusieurs articles de la presse spécialisée reviennent sur ce sujet essentiel, à l'appui d'une étude de référence de la Drees. Chez Tous Autonomes, en parler, c'est aussi une façon de rappeler que des ressources existent, et qu'aucune victime n'est seule.
Un risque plus élevé, une parole moins entendue
Une étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), publiée en juillet 2020 et toujours citée comme référence sur le sujet, a documenté un écart significatif : les personnes en situation de handicap sont globalement plus souvent victimes de violences physiques, sexuelles et verbales que le reste de la population, et cet écart est encore plus marqué chez les femmes. Selon les chiffres relayés par la presse spécialisée handicap, les femmes handicapées seraient jusqu'à deux fois plus exposées aux violences sexuelles que les femmes sans handicap, tout en étant proportionnellement moins nombreuses à porter plainte.
Ce paradoxe a un nom : l'invisibilisation. Les femmes handicapées sont surexposées aux violences, mais largement absentes des campagnes de sensibilisation, des politiques publiques et des statistiques judiciaires détaillées. Un rapport du Sénat consacré au sujet, intitulé "Violences, femmes et handicap : dénoncer l'invisible et agir", avait déjà pointé ce constat il y a plusieurs années, et les obstacles qu'il décrivait restent, pour beaucoup, d'actualité en 2026.
Quand les discriminations s'additionnent
Le handicap n'est pas le seul facteur qui pèse sur l'exposition aux violences et sur l'accès à la justice. Devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, plusieurs intervenants ont rappelé la nécessité d'aborder la violence sexuelle et sexiste en tenant compte des besoins particuliers des différents groupes de femmes et de filles, qui peuvent être confrontées à des obstacles multiples et croisés fondés sur l'origine ethnique, l'orientation sexuelle, l'identité de genre et la classe. Autrement dit : une femme handicapée qui est aussi issue de l'immigration, d'une minorité religieuse ou LGBT+ cumule souvent plusieurs discriminations qui se renforcent les unes les autres, avec un risque accru d'isolement, de non-écoute et de non-recours à la justice.
Ce constat reste toutefois difficile à chiffrer précisément en France : le rapport du Sénat cité plus haut souligne lui-même le manque de statistiques nationales croisant genre, handicap et autres critères de discrimination, ce qui freine une analyse fine de ces situations. Les Nations unies travaillent d'ailleurs actuellement à l'élaboration de lignes directrices spécifiques sur les discriminations multiples et croisées visant les femmes et filles handicapées, signe que le sujet reste encore largement à documenter.
Pourquoi si peu de plaintes ?
Les obstacles s'accumulent à chaque étape du parcours.
Avant même d'envisager une plainte, de nombreuses femmes handicapées sont en situation de dépendance vis-à-vis de leur agresseur, qui est parfois leur propre aidant familial ou professionnel. Cette dépendance peut être physique, matérielle ou psychologique, et elle expose à un risque de représailles, voire de perte d'autonomie, en cas de signalement. À cela s'ajoute une parole trop souvent "infantilisée" ou jugée peu crédible, c'est particulièrement vrai pour les femmes avec un handicap psychique ou intellectuel, dont le témoignage est parfois mis en doute du seul fait de leur handicap. Ce climat de doute nourrit un sentiment de culpabilité et fait hésiter à porter plainte.
Au commissariat ou à la gendarmerie, l'accessibilité reste un problème très concret : locaux non accessibles aux personnes à mobilité réduite, absence de conditions d'accueil adaptées pour les personnes avec un trouble du spectre de l'autisme ou une schizophrénie, professionnels pas toujours formés à ces situations spécifiques.
Devant la justice, l'inaccessibilité architecturale des tribunaux persiste malgré des normes officielles, et la charge de signaler ses besoins spécifiques : interprète, pauses, aménagement de l'audition, repose presque entièrement sur la victime elle-même, plutôt que d'être anticipée par l'institution.
Ce qui bouge, lentement, du côté des institutions
Plusieurs actions existent déjà pour tenter de combler ces manques :
- La Miprof (Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains) diffuse des livrets pédagogiques pour former les professionnels de terrain à l'accueil des femmes handicapées victimes de violences ;
- La gendarmerie nationale a renforcé la formation de ses effectifs sur ce sujet depuis le Grenelle des violences conjugales de 2019 ;
- L'association Droit pluriel forme des professionnels du droit, anime une permanence juridique dédiée, "Agir Handicap", et s'appuie sur un réseau d'avocats bénévoles spécialisés dans l'accompagnement des personnes handicapées ;
- L'association FDFA (Femmes pour le dire, femmes pour agir) propose des formations inclusives, notamment à destination des associations généralistes de lutte contre les violences, pour qu'elles sachent mieux accueillir les femmes handicapées.
Vers qui se tourner ?
Si vous, ou une personne que vous accompagnez, vivez une situation de violence, des relais accessibles existent :
- Le 3919, numéro national de référence pour les femmes victimes de violences : gratuit, disponible 24h/24 et 7j/7, y compris pour les personnes sourdes ou malentendantes via l'application RogerVoice (langue des signes française) ;
- La permanence juridique Agir Handicap de l'association Droit pluriel, pour un accompagnement pensé spécifiquement pour les personnes en situation de handicap ;
- Les associations locales de lutte contre les violences faites aux femmes, dont certaines développent progressivement des protocoles d'accueil adaptés.
Le rôle des proches et des professionnels accompagnants
Aidants familiaux, auxiliaires de vie, éducateurs : les personnes qui accompagnent au quotidien une personne en situation de handicap ont un rôle de vigilance important, sans jamais se substituer à elle. Cela passe par une écoute attentive, une parole toujours prise au sérieux, et la connaissance des relais vers lesquels orienter en cas de besoin. Cela passe aussi par des outils de communication adaptés : pour une personne qui s'exprime difficilement à l'oral, disposer de pictogrammes ou de supports visuels FALC peut, dans certaines situations, faciliter la mise en mots d'une souffrance autrement invisible.
Notre rôle, à notre échelle
Tous Autonomes n'est ni une structure d'urgence, ni un service juridique. Mais nous croyons que parler de ces sujets avec des mots clairs et sans jugement fait aussi partie de l'accompagnement. Rendre une information accessible, c'est parfois donner à quelqu'un la clé pour oser demander de l'aide. Si ce sujet vous concerne, ou concerne une personne de votre entourage, n'hésitez pas à partager cet article : la première étape est souvent de savoir que des ressources existent.
Sources : Drees, "Les personnes handicapées sont plus souvent victimes de violences physiques, sexuelles et verbales" (juillet 2020) ; presse spécialisée handicap, septembre 2026 ; Sénat, "Violences, femmes et handicap : dénoncer l'invisible et agir" ; Conseil des droits de l'homme de l'ONU, débat sur les violences envers les femmes et filles handicapées (2021).
Ensemble, on prend soin de chacun. 🌿